kinés sourires
Dans

Le premier été, j’entrais à bas bruit dans un monde à part.

Un monde de blouses blanches, les kinés, sourires ravageurs et regards francs.

kinés sourires

Un monde de cabossés, visibles ou invisibles, sur fauteuil ou debout.

Sur le plateau technique, on parle, on se charrie, on se frotte à d’autres vies, bien moins ou mieux loties.

Le premier été, le centre de rééducation a pour nom la Fontaine salée. À jamais différente, je dois me réapprendre. J’ai oublié ton nom, superbe métisse de 13 ans qui avais, toi aussi, perdu une moitié. Intacte reste en moi l’émotion de nos premiers pas ensemble. Tenir la barre, un pied puis l’autre. Debout la vie !

Jusqu’à mes 20 ans, tous les étés, les centres de rééducation auront des airs de colonies de vacances, à la mer ou la montagne. Des flambées d’amitié, aussi brèves qu’intenses Quelques-unes durables. Dans ce monde à part, le cœur bat très fort. Ici l’on se rencontre, on drague, on est amis et parfois l’on embrasse. Le deuil d’un peu de soi, nous l’éprouvons ensemble.

Et je dois vous le dire. Dès le départ pour moi, il n’y eut pas de héros. Du haut de mes 12 ans, simple vision d’humains qui tombent et se relèvent. Des hommes et des femmes, ni pires, ni meilleurs. Ce monde à part avait ses ego détonants, ses timides, ses moqueurs. Ni pires, ni meilleurs. Tout au plus savions-nous avec un peu d’avance le goût de la vie fragile.

Vivre avec handicap, c’était avant tout vivre.

1 commentaire

  1. On a envie de vous suivre , de découvrir votre apprentissage d’une vie nouvelle. A quand la suite ? Vous nous faites appréhender ce que vous avez vécu avec sincérité , sans fioriture. Merci

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