nuages
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Au ciel de ma psyché roulaient de gros nuages. Gris clair ou gris foncé, mes jours en dépendaient. Quelques-uns étaient noirs de tonnerre, la plupart étaient gris, aux doux reflets de perle. Je n’en percevais pas la source lumineuse. Le lointain était flou, pourtant, de doutes en suspension.

La crise adolescente dardait de fins éclairs : troubles d’identité et désamour de soi. Isolement aussi. Il n’y avait pas de boums et d’amours frémissantes, pas de loisirs non plus, en dehors des seuls livres. Je n’osais guère écrire, les mots étaient bloqués. Il y avait des copines et les fous rires bêtes. C’était rafraîchissant. Mais dans nos confidences, le handicap, lui, ne se disait pas.

Le monde aberrant déjà me percutait ; je voulais le comprendre. J’ai oublié beaucoup de mes années lycée, mais l’une des émotions gravées en moi est celle de la chute du mur de Berlin. Inoubliable !

Je reviens aux nuages, au ciel d’adolescence, furieux et encombré. Le handicap, d’ailleurs, n’y prenait pas toute place. Le manque de père charriait ses nuées. Et le besoin d’amour et de flirter un jour. Mais d’étranges lueurs coloraient l’horizon. Un signe avant-coureur aurait pu m’éclairer.

Au réveil de la neurochirurgie, mes quelques jours à l’hôpital suscitaient des remarques récurrentes. Le personnel soignant saluait mon sourire. Je n’y prêtais pas attention. Bien plus tard, j’ai compris. De mon handicap acquis, je suis sortie vivante. De cette opération risquée, je suis sortie vivante. Avec, au cœur, la joie, source intarissable. Non qu’il n’y ait des jours noirs, des frustrations, des pleurs. Mais, la conscience précoce de la précarité de la vie commençait à façonner celle que je suis devenue.

J’avais perdu ma moitié, mais une part de moi avait décidé : être heureuse coûte que coûte, savourer toutes les gouttes. La vie m’était donnée une seconde fois.

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