Photo d'un point d'interrogation tracé avec le doigt sur une vitre recouverte de buée
Dans

Entrée en territoire inconnu, la survenue d’un handicap nécessite de nouveaux repères. J’y entrais en mineure, d’origine modeste. Ma mère se fiait aux médecins, et me laissait le choix, ne sachant trop où nous allions.

Après 15 mois de rééducation quotidienne, le couperet tombait « elle ne pourra pas récupérer davantage ». Couperet vif. Incontestable.

Pourtant, trois ans plus tard, une autre vérité redessinait ma route. « Bien sûr que tu peux récupérer davantage », me lança une kiné spécialisée en neurologie. Ma main, certes, s’en était allée vers les limbes, mais la marche, l’équilibre, les muscles des membres inférieurs pouvaient se fortifier. On ne me l’avait pas dit ? Et non… On ne m’avait pas dit que des chaussures orthopédiques m’aideraient beaucoup ? Et non…

Photo d
Photo de filirovska, sur Pibabay

Personne ne nous l’avait dit. Au milieu des années 1980, l’information circulait moins, me direz-vous. Mais aujourd’hui encore, je croise des personnes hémiplégiques ignorantes des solutions techniques pour améliorer leur autonomie et leur image d’elles-mêmes.

Cette kiné providentielle m’a permis de me présenter devant les élèves mieux assurée dans mes déplacements, dans la projection de ma voix. Miracle d’une rencontre et des aides techniques. Heureux hasard qui ne devrait pas en être un.

Dans des milieux « éduqués », dans les CSP+ où l’on ose vouloir plus, le vécu concret du handicap serait-il différent ? Notre société, férue de beaux discours sur l’inclusion, permettrait-elle un handicap à deux vitesses, trois vitesses si l’on pense aux difficultés dans le monde rural ? Elle le permet. Ne s’en excuse même pas.

En était-ce fini de mes progrès physiques ? Oui, me répondaient encore les médecins trois ans plus tard. Non, me répondit un amoureux. « Tu peux recourir, tu vas recourir. » Déclic supplémentaire. Quel risque ? Tomber ? Je tombais déjà régulièrement et je m’en relevais. Alors, courons !

Sensation incroyable d’un corps en action.

Alors, explorer toutes ses potentialités physiques et mentales par-delà le handicap, une question de milieu ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Auteur/autrice

line.marsan.autrice@gmx.com

Publications similaires

nuages
Dans

Épisode 5 : bleu gris noir, Soleil!

Au ciel de ma psyché roulaient de gros nuages. Gris clair ou gris foncé, mes jours en dépendaient. Quelques-uns étaient noirs de...

Lire la suite
oursin
Dans

Épisode 4 : Là où ça pique

Devenue hémiplégique en juin, j’ai voulu retourner à ma scolarité dès septembre et ce fut un échec total. Les escaliers m’étaient un...

Lire la suite
kinés sourires
Dans

Épisode 3 : Un monde à part

Le premier été, j’entrais à bas bruit dans un monde à part. Un monde de blouses blanches, les kinés, sourires ravageurs et...

Lire la suite
photo d'un regard; le bas du visage est caché par une main
Dans

Épisode 2 : Leurs regards

J’apprenais des regards, j’apprenais des absences. Les présents étaient essentiellement femmes, mère, grand-mère, marraine, tantes, amies. Les absents, masculins. Qui jamais en...

Lire la suite
3 fourmis sur une feuille avec des gouttes d'eau. Noir et blanc
Dans

Épisode 1 : Les fourmis

À 12 ans, j’ai perdu ma moitié. Depuis l’enfance, prémonition peut-être, le soir, la mort rôdait. Et mes yeux grand ouverts la...

Lire la suite