Couple enlacé. Visage serein et souriant de la femme, amoureuse.
Dans

Le handicap, cet éléphant dans le salon des relations amoureuses, effraie les autres et instille le doute en soi. Quelqu’un sera-t-il amoureux de moi un jour ? Est-ce possible ?

Avec handicap physique, la réponse semblait aléatoire. Les regards, bien souvent, se détournaient.

Confidence difficile : je ne m’imaginais pas avec un homme handicapé, miroir de ma perte. Je rêvais d’un homme amoureux et valide, sorte de défi à relever pour être heureuse. Je rêvais de lui être essentielle, autant que j’étais inessentielle à mon géniteur.

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Fille sans père, adolescente sans flirt, ni camarade garçon, ces manques imprégnaient autant ma psyché que mon corps lésé. La blessure de rejet jouait sa partition. Néanmoins, j’étais femme sous le regard des hommes, suscitant du désir, moins que certaines valides, peut-être plus que d’autres.

J’entrai dans la danse avec un amant qui n’était pas amoureux. Je ne l’étais pas davantage. Mais il voulait de moi. Une telle occasion ne pouvait se rater. Un sentiment d’urgence : j’avais déjà 20 ans. Il n’y a pas de hasard, c’était un homme à sauver, d’une addiction grave. Une manière détournée de devenir essentielle et de compenser « le moins » physique. Devenir celle que les beaux-parents remercient pour le bien fait à leur fils. Garde-fou improbable contre la rechute, avec mon petit bras.

Mon départ lui fit peur. Amer, il me lança : « Si tu me quittes, personne d’autre ne voudra de toi. » Un vécu comparable, sans doute, à celui d’une femme brimée par un pervers narcissique, ou celui d’un homme méprisé. Mais ces camarades d’infortune peuvent se donner l’illusion d’écrire la suite de leur vie autrement. Mon handicap me suivait d’un coup de cœur à l’autre. Qui voudrait de lui ?

Être amoureuse sans retour, ou ne pas partager le sentiment amoureux éprouvé à mon égard, longtemps ce fut ma vie, dans une forme de résignation. Le prix à payer pour ne pas être seule.

Puis vint un premier tournant. Trompée avec une femme valide et fertile, je me fis la promesse de ne plus jamais être avec qui n’était pas amoureux de moi. La vie m’a aidée à tenir parole. J’ai eu cette chance.

Dans mon salon amoureux, l’éléphant du handicap masquait de belles surprises.

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line.marsan.autrice@gmx.com

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