Avis lecture : La Colonie, d’Annika Norlin, traduit du suédois par Isabelle Chéreau

Introduction
La Colonie est un roman suédois d’Annika Norlin, traduit en français par Isabelle Chéreau. Il s’agit du premier roman de cette autrice-compositrice de pop/folk. C’est un best-seller en Suède. Il évoque une communauté de 7 personnes vivant à l’écart de la société, dans la nature.

Photo d’Annika Norlin par Sofia Runarsdotter
Résumé
Emelie, journaliste en burn-out, décide d’aller camper dans un coin de nature. Elle découvre et observe une communauté de 7 personnes vivant à l’écart de la société, entre une ferme et le couvert végétal de Grand-Sapin qui les abrite certaines nuits, couchés les uns contre les autres. Ils dansent, remercient la nature, font l’amour sans presque se cacher. Le hasard va mettre Emelie en contact avec Låke, le plus jeune, qu’elle a surnommé avant de le connaître « Pauvre Diable » . Elle va ensuite rencontrer la communauté.

Qui sont-ils ? Que font-ils là ? Sont-ils plus heureux loin du monde ? La confrontation entre Emelie et cette communauté soulève des questions chez chacun.e.
Ce groupe se surnomme lui-même « la colonie » en référence aux colonies de fourmis, où chaque individu se fond dans le groupe.
Thèmes et style
Les thèmes majeurs
La difficulté à vivre dans notre société dépersonnalisée, coupée souvent de la nature. Les marginaux aux vies cabossées. La communauté et le mode de vie qui s’élaborent au gré des arrivées et savoir-faire de chacun.e. Le phénomène sectaire, les rapports de pouvoir au sein d’un groupe. La reconnexion à la nature, le respect de celle-ci et de toute forme de vie. L’acceptation des démons des autres.
Construction narrative et style
L’écriture est simple et fluide. Les chapitres très courts facilitent la lecture. Ils explorent chacun un point de vue, une voix, le passé qui a mené là ces individus. Dans le premier tiers du livre, on passe ainsi d’une personne à l’autre, d’une époque à l’autre, très vite. C’est déstabilisant et cela retarde l’attachement aux personnages. Une fois passé ce premier tiers, on a ses repères, on sait qui est qui.
» qui est au fond le plus seul ? Celui qui vit retiré au milieu de nulle part mais avec des gens, ou celui qui interagit chaque jour avec des centaines de personnes, mais refuse de se laisser approcher dans son intimité ? » (p.446-447)
Pour qui ?
Pour celles et ceux qui s’interrogent sur l’évolution de la société, les modes de vie alternatifs, les phénomènes sectaires. Pour les personnes qui ont aimé le magnifique film Captain Fantastic, de Matt Ross avec l’excellent Viggo Mortensen. Ou qui ne vont pas tarder à l’aimer !

Convergence avec mes réflexions d’autrice
Le sujet m’attire : dans mon premier roman En Vrille, la reconnexion à la nature est un enjeu vital. Le roman La Colonie explore un mode de vie alternatif et parvient à aborder sous différentes facettes la question de notre rapport à la société, à la nature, aux obligations sociales, aux normes, mais aussi au besoin de découvertes, de rencontres. En ce sens, ce roman est une réussite et suscite plaisir de lecture et réflexions chez le lecteur ou la lectrice.
Conclusion
Je suis néanmoins partagée : j’ai lu ce livre avec plaisir, mais avec un peu de déception aussi. Finalement, il n’aboutit pas sur un vrai dilemme, entre société actuelle et modes de vie alternatif. Ou sur le moyen terme à trouver entre ces options. Il rejoint la pensée dominante. D’ailleurs, cette communauté est exclusivement constituée de personnes pas « ordinaires », dont certaines « se cachent » du monde plutôt qu’elles ne s’en tiennent à l’écart. La réflexion semble donc particulière, relative à ces personnes, et non transposable.
N.B. : Cette critique n’engage que moi. Le livre est encensé sur Babelio. Et c’est vrai qu’il fonctionne bien.
Notice de transparence : Texte rédigé sans IA.
Crédit photo : Paysage suédois libre de droi (Wikimedia Commons) ; Portrait d’Annika Norlin par Sofia Runarsdotter
Auteur/autrice
line.marsan.autrice@gmx.com
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