dessin d'Isabella Bird. Elle se représente devant son cheval, en tenue de montagne (veste mi-longue, jupe jusqu'aux chevilles, bottes).
Dans

Un homme au dos cassé émerge du saloon ; à chaque pas, il tombe plutôt qu’il ne marche. L’infect whisky local coule à flots dans ses veines. Son corps penché en avant et sa vieille casquette dissimulent ses traits, mais les longs cheveux fauves et la silhouette trapue sont connus de tous, dans la petite bourgade de Greenstone. Si le desperado cache un gentleman poète, ses violentes colères les jours de beuverie en ont blessé plus d’un. Et les morts ne sont plus là pour se plaindre. Dans Greenstone, sortie de terre au hasard d’un croisement de pistes, chacun s’empresse de s’éloigner du célèbre Rocky Mountain Jim, passablement imbibé.

James, amoché par la bagarre, masse ses reins en pestant. Isabella, depuis l’autre côté de la rue, se dirige vers lui d’une allure décidée. Il stoppe net et semble dégrisé sur le champ. Sur son visage buriné, la sauvagerie et la délicatesse cohabitent. La partie droite de sa face, ravagée de cicatrices, la paupière rougie refermée sur une orbite vide, rappelle ce qu’en coûte la rencontre avec un grizzli. La partie gauche, illuminée par son iris bleu acier, révèle des traits fins. En cet instant, son visage porte toute la douleur du monde ; à ses maux physiques s’ajoute la honte d’être vu par Miss Bird dans ce lamentable état.

Auteur/autrice

line.marsan.autrice@gmx.com

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