L’aube d’un jour nouveau
Contexte d’écriture : Jeu créatif du weekend #PanodysseySpark #1 sur Panodyssey .
Écris ce que t’inspire la phrase : Une porte en bois usée, entrouverte sur un ciel qui n’existe pas encore.

La nouvelle : L’aube d’un jour nouveau
La vieille porte en bois déjà entrebâillée laisse entrer les premiers chants d’oiseaux. Le ciel est couleur d’encre mais du côté de Saint-Pons, l’horizon doit pâlir.
Matthieu hésite encore. Franchir le seuil, peut-être pour toujours? Quitter les faux-semblants, est-ce bien ce qu’il veut ?
Oui. Il le faut. Le regard de sa mère, hier soir, dardait un tel mépris. Il aurait préféré une gifle. Une claque s’oublie et parfois se pardonne. Mais l’estoc du mépris est blessure fatale. Jamais il n’oubliera les mots qu’elle a vomis : « Pas de pédé chez moi ! Demain, tu fous le camp. » Elle voulait en découdre ; Matthieu n’a pas parlé, ni crié, ni pleuré. Il s’est levé, a repoussé sa chaise, est monté dans sa chambre. Quelques affaires fourrées dans son petit sac-à-dos pas du tout adapté. Les heures ont traîné. Les volets grand ouverts sur la nuit diffusaient une lumière spectrale sur ses vieilles affiches d’enduro.
Baptiste, son amour, l’a encouragé à enfin le leur dire. Matthieu va s’installer chez lui de toute façon. À quoi bon continuer à se cacher ? Il n’allait quand même pas faire croire à ses parents qu’ils étaient colocataires ! Baptiste ne peut pas comprendre. C’est un cœur pur, dont la famille a très tôt deviné son attirance pour les garçons et devancé l’aveu. Il a été guidé, soutenu, aimé tel qu’il était.
La mère de Matthieu, c’est autre chose. Dans sa famille, les blagues homophobes, sexistes, racistes se sont toujours pointées aux grands repas de fête. Ça riait grassement. Certains plus fort que d’autres. Et le « petit », soudain, n’avait plus faim. À l’adolescence, les mêmes mots ont continué de sortir de la bouche avinée de l’oncle maternel, décomplexés, revendiqués, assortis de coups d’œil entendus tombant sur lui comme des piques. Les meilleurs jours, sa mère disait “allez arrête! ». Son père, à son habitude, demeurait silencieux en attendant que ça passe.
Son père n’aime plus vraiment sa mère ; Matthieu le sent depuis longtemps. Elle reste jolie, pourtant, mais face à l’évidence, elle s’est raidie, est devenue austère, dédaigneuse. Les plis d’amertume au bord de sa bouche ont éloigné chaque jour un peu plus son père de la jeune fille qu’il avait aimée.
L’air frais pénètre dans le vestibule. Le vieil escalier craque. Les pas du paternel, reconnaissables au léger boitement. Matthieu pourrait ouvrir en grand cette fichue porte et courir, en finir, mais il n’a même pas vingt ans, partir n’est pas si simple. Dans l’ombre, il attend, pétrifié d’amour et de tristesse. Son père s’approche et pose la main sur son épaule.
— Matthieu, tu pars comme ça ?
— C’est ce qu’elle veut. Elle l’a bien dit. Et ne me dis pas qu’elle ne le pensait pas.
— Je ne te le dis pas, je te dis que je t’aime.
Il retourne Matthieu vers lui et le serre dans ses bras. Leurs yeux se bordent de larmes.
— Toute cette haine que la télé lui met en tête !
— Ça a toujours été comme ça. Même avant la télé. Elle n’aime pas les pédés, depuis toujours. Je suis pédé, papa.
— Tu es homosexuel. Et tu as bien fait de nous le dire. Elle s’y habituera. On s’en doutait, tu sais. J’aurais dû t’en parler en premier. Je n’ai pas osé… Dis-moi, il est bien, ce Baptiste ?
— Un garçon en or, un cœur tendre, papa, comme toi. Tu l’adorerais.
— Je pourrais passer chez vous, bientôt, pour le rencontrer ?
Matthieu ne peut pas répondre, il éclate en sanglots et se blottit dans les bras tendres et rassurants de son père.
— Oh oui, viens bientôt, s’il te plaît ! Je t’enverrai l’adresse.
— Tu es amoureux et il est vraiment amoureux de toi ?
— Oui…
— C’est la plus belle chose au monde, d’être vraiment amoureux et que ce soit réciproque. Ça n’arrive pas souvent dans une vie, tu sais. Alors, file. Va le retrouver.
Matthieu hoche la tête. Son père ouvre la porte en grand. Le parfum des lilas s’engouffre dans le couloir. Les deux hommes sortent sur le porche. Son père l’étreint une dernière fois. Sa voix tremble un peu.
— Va, mon fils. Je viens te voir bientôt.
Au loin, les nuages rosés dessinent un horizon.
Notice de transparence : Texte rédigé sans IA. Tous droits réservés à l’autrice, Line Marsan
Crédit photographique : Photo de couverture de Alex_Svenson sur Pixabay, photo intérieure de Roman Odintsov sur Pexels, éditées avec Snapseed.
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