Photogramme du film Calamity Jane. L'héroïne tient un revolver dans chaque main, le regard déterminé.
Dans

Je pourrais le tuer. Les quatre mots éclatent dans sa tête. C’était quoi, ça ? Céleste s’essuie le front. Ils devraient rester dans les bulles, les mots. Juste des SPLASH, des BOUM, des trucs comme ça.

Elle se replonge dans la BD offerte par Mamie. Un western, elle a dit. Elle ne pensait pas aimer, elle ne savait même pas ce qu’était un western. Mais Céleste aime bien Calamity Jane et son revolver. Elle a aussi un fusil, mais le revolver, c’est mieux. Parfois, elle en a même deux, un dans chaque main.

Les cris de son petit frère l’empêchent de se concentrer. Papa l’a annoncé : ce soir, Gabin saura nager. Il a 5 ans. Elle avait oublié, mais en voyant Gabin tout crispé dans l’eau, elle s’est rappelé quand c’était elle dans la piscine trop profonde. Un après-midi horrible. Le soir, elle savait nager. Bien obligée. Son père avait dû lui dire à peu près la même chose qu’ aujourd’hui : « on a de la chance, on a une piscine, il faut en profiter. Comme ça, quand on arrivera à la mer, tu sauras déjà nager. »

Le soleil perce la toile du parasol et brise le bleu de l’eau en mille morceaux. La tête de Céleste bouillonne. Son petit frère dans l’eau fatigue déjà. Et les mots reviennent tourner autour d’elle comme des guêpes. Je pourrais le tuer. Le tuer.

Auteur/autrice

line.marsan.autrice@gmx.com

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